Un mur coupe-feu 1 h ne s’appellera plus tout à fait de la même façon dans vos prochains dossiers de travaux. À partir du 1er octobre 2026, les demandes d’autorisation de travaux en établissement recevant du public doivent employer les classes européennes de résistance au feu, exprimées en minutes, et abandonner le vocabulaire français historique du stable au feu, du pare-flammes et du coupe-feu exprimé en fractions d’heure.
Le changement peut sembler cosmétique. Il ne l’est pas. Un dossier qui emploie la mauvaise classification, ou qui confond un élément porteur et un élément non-porteur, s’expose à un rejet ou à une demande de pièces complémentaires. Ce guide fait le point sur ce qui change, sur les correspondances entre l’ancien et le nouveau système, et sur la méthode pour préparer sereinement l’échéance.
Ce qui change concrètement
Jusqu’à présent, la résistance au feu d’un élément de construction en ERP s’exprimait selon trois catégories françaises historiques :
- SF (stable au feu) : capacité de l’élément à conserver sa fonction porteuse.
- PF (pare-flammes) : capacité à empêcher le passage des flammes et des gaz chauds.
- CF (coupe-feu) : capacité à empêcher le passage des flammes, des gaz chauds et de la chaleur.
Ces performances étaient exprimées en fractions d’heure : 1/4 h, 1/2 h, 3/4 h, 1 h, 1 h 30, 2 h, 3 h, 4 h.
Le nouveau référentiel repose sur les classes européennes issues de la norme d’essai commune à l’ensemble de l’Union. La performance s’exprime désormais par une combinaison de lettres suivie d’une durée en minutes :
- R (Résistance) : capacité portante mécanique, l’aptitude de l’élément à supporter les charges qu’il reçoit.
- E (Étanchéité) : étanchéité aux flammes et aux gaz chauds.
- I (Isolation) : isolation thermique, la limitation de l’élévation de température sur la face non exposée au feu.
Ces lettres se combinent selon la fonction de l’élément : R seul, RE, REI, E seul, EI. La durée s’exprime en minutes : 15, 20, 30, 45, 60, 90, 120, 180, 240.
La distinction porteur / non-porteur devient déterminante
C’est le point de bascule le plus important du nouveau système, et la source d’erreur la plus probable dans les dossiers.
Dans l’ancien vocabulaire, un « coupe-feu 1 h » désignait indistinctement un mur porteur ou une cloison de distribution. Le nouveau référentiel impose de préciser si l’élément assure ou non une fonction porteuse :
- Un mur porteur qui doit rester coupe-feu 1 h se classe REI 60 : il conserve sa capacité portante (R), son étanchéité (E) et son isolation thermique (I) pendant 60 minutes.
- Une cloison non-porteuse qui doit rester coupe-feu 1 h se classe EI 60 : elle assure l’étanchéité (E) et l’isolation thermique (I) pendant 60 minutes, sans exigence de capacité portante.
La conséquence pratique : deux éléments qui portaient hier le même nom peuvent désormais relever de deux classes distinctes selon leur rôle structurel. Confondre les deux dans un dossier de travaux, c’est décrire une performance qui ne correspond pas à la réalité de l’ouvrage.
Tableau de correspondance entre l’ancien et le nouveau système
Le tableau suivant donne les équivalences principales pour les durées les plus courantes en ERP. La colonne de droite dépend de la fonction porteuse ou non-porteuse de l’élément.
| Ancienne classification (française) | Critères couverts | Nouvelle classification (européenne) |
|---|---|---|
| Stable au feu 1/2 h (SF 1/2 h) | Capacité portante | R 30 |
| Stable au feu 1 h (SF 1 h) | Capacité portante | R 60 |
| Stable au feu 2 h (SF 2 h) | Capacité portante | R 120 |
| Pare-flammes 1/2 h (PF 1/2 h) | Étanchéité | E 30 (non-porteur) / RE 30 (porteur) |
| Pare-flammes 1 h (PF 1 h) | Étanchéité | E 60 (non-porteur) / RE 60 (porteur) |
| Pare-flammes 2 h (PF 2 h) | Étanchéité | E 120 (non-porteur) / RE 120 (porteur) |
| Coupe-feu 1/2 h (CF 1/2 h) | Étanchéité + isolation | EI 30 (non-porteur) / REI 30 (porteur) |
| Coupe-feu 1 h (CF 1 h) | Étanchéité + isolation | EI 60 (non-porteur) / REI 60 (porteur) |
| Coupe-feu 1 h 30 (CF 1 h 30) | Étanchéité + isolation | EI 90 (non-porteur) / REI 90 (porteur) |
| Coupe-feu 2 h (CF 2 h) | Étanchéité + isolation | EI 120 (non-porteur) / REI 120 (porteur) |
| Coupe-feu 3 h (CF 3 h) | Étanchéité + isolation | EI 180 (non-porteur) / REI 180 (porteur) |
À ces critères principaux peuvent s’ajouter des indices complémentaires pour certains ouvrages spécifiques : C pour la fermeture automatique (portes), S pour l’étanchéité aux fumées, W pour la limitation du rayonnement, M pour la résistance à un impact mécanique. Un bloc-porte coupe-feu à fermeture automatique pourra ainsi être décrit comme EI 30-C, par exemple.
Le calendrier : ce qui est valable, ce qui change
L’échéance à retenir est le 1er octobre 2026. À compter de cette date :
- Toute demande d’autorisation de travaux déposée en ERP doit employer les nouvelles classifications européennes dans son dossier de sécurité.
- Les projets de rénovation, d’extension ou de modification doivent décrire les éléments de construction en classes REI, EI, RE, E et R.
Ce qui ne change pas :
- Les procès-verbaux de classement établis avant l’échéance sous l’ancien système restent valables jusqu’à leur date d’expiration. Il n’y a pas d’obligation de reclassement rétroactif des ouvrages existants disposant d’un PV en cours de validité.
- Les niveaux d’exigence de performance ne sont pas modifiés par ce changement : un élément qui devait être coupe-feu 1 h reste soumis à une exigence de 60 minutes. Seul le vocabulaire de classification évolue.
Concrètement, un exploitant qui ne conduit aucun travaux n’a rien à modifier immédiatement dans son établissement. En revanche, tout projet touchant au bâti à partir d’octobre 2026 devra parler le nouveau langage.
Qui doit être briefé, et sur quoi
Le changement concerne l’ensemble de la chaîne qui intervient sur un dossier de travaux ERP.
Les maîtres d’œuvre et bureaux d’études doivent produire des documents descriptifs et des plans qui emploient exclusivement les nouvelles classes. C’est chez eux que se joue la conformité formelle du dossier.
Les bureaux de contrôle vérifieront la cohérence entre la classification annoncée, la fonction réelle de l’élément et les procès-verbaux d’essais des produits mis en œuvre.
Le gestionnaire de site, lui, reste responsable de la traçabilité : savoir quels éléments de son établissement disposent de quel classement, sous quel système, et jusqu’à quelle échéance de validité. C’est cette traçabilité qui permet de constituer un dossier cohérent le jour où un projet de travaux démarre.
Les erreurs à anticiper dans vos prochains dossiers
Trois situations concentreront la majorité des difficultés dans les mois qui suivent l’échéance.
La confusion porteur / non-porteur. Classer en EI un élément qui assure en réalité une fonction porteuse, ou l’inverse, décrit une performance erronée. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus facile à commettre pour qui a l’habitude de l’ancien vocabulaire indistinct.
Le mélange des deux systèmes dans un même dossier. Un document qui indique « CF 1 h » à une page et « EI 60 » à une autre crée une ambiguïté qui peut motiver une demande de pièces complémentaires. La cohérence terminologique de l’ensemble du dossier est déterminante.
La perte de traçabilité des PV existants. Au moment de constituer un dossier de travaux, retrouver les procès-verbaux des éléments conservés, savoir sous quel système ils ont été classés et vérifier leur validité peut devenir un casse-tête si cette information n’est pas centralisée.
Anticiper l’échéance avec un registre à jour
La meilleure protection contre le rejet d’un dossier n’est pas la connaissance parfaite du nouveau référentiel par tous les intervenants, elle réside dans la traçabilité documentaire de l’établissement. Savoir, pour chaque élément de construction sensible, quel est son classement, sous quel système il a été établi et jusqu’à quand il reste valable, c’est disposer de la matière première d’un dossier cohérent.
Daftar centralise dans son registre de sécurité dématérialisé l’ensemble des documents de conformité d’un établissement, y compris les procès-verbaux de résistance au feu et les rapports liés aux éléments de construction. L’extraction automatique par IA identifie et classe les documents dès leur versement, ce qui évite la dispersion des PV dans les boites mail et les serveurs de fichiers. Pour un gestionnaire multi-sites, la vue consolidée permet de savoir en un instant quels établissements disposent d’une documentation à jour et lesquels nécessitent une mise à niveau avant un projet de travaux.
Pour approfondir la gestion documentaire du registre, consultez notre article Registre de sécurité ERP : contenu attendu et génération en un clic. Pour l’ensemble des échéances de contrôle applicables à votre parc, voir Contrôles réglementaires ERP : périodicités et échéances à ne pas manquer.
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